14.6 Bonus: Évaluer ses options : comment demander ou dire non, et avec quelle intensité

Etre ferme dans ma décision ou conciliant-e?

Dans les relations interpersonnelles, il ne s’agit pas seulement de savoir demander ou de savoir dire non. La véritable compétence réside dans la capacité d’ajuster l’intensité de sa demande ou de son refus en fonction de la situation. Cela signifie que l’on peut choisir d’être très discret, d’accepter sans discuter, ou au contraire d’être ferme et insistant.

L’intensité se situe sur un continuum allant du plus bas niveau — ne rien demander, céder sans discussion — jusqu’au plus haut niveau — insister fortement, refuser catégoriquement sans négocier. Il n’existe pas une seule bonne réponse universelle : ce qui est efficace dans une situation peut être inefficace, voire nuisible, dans une autre.

Pour trouver le bon niveau d’intensité, il est utile de prendre en compte plusieurs facteurs :

  1. La capacité (la sienne ou celle de l’autre)

Si la personne à qui vous vous adressez a réellement les moyens de répondre à votre demande, il est logique d’augmenter l’intensité de votre demande. Par exemple, demander à un collègue qui possède la clé de la salle de réunion est pertinent, puisqu’il a la capacité de vous aider.
Inversement, si vous n’avez pas les ressources pour satisfaire la demande de quelqu’un, il est légitime d’augmenter l’intensité de votre refus. Si l’on vous demande de prêter une somme d’argent que vous n’avez pas, insister pour dire non est approprié.

  1. Les priorités

Toutes les situations ne se valent pas. Quand un objectif est essentiel, vous pouvez être plus ferme. Par exemple, demander une extension de délai à votre professeur ou supérieur si vous avez besoin de temps pour rendre un travail important.
En revanche, si obtenir quelque chose risque de détériorer une relation ou de faire baisser votre estime de vous-même, il vaut parfois mieux diminuer l’intensité et accepter de lâcher prise.

  1. L’estime de soi

Votre manière de demander ou de refuser a un impact sur l’image que vous avez de vous-même. Si vous agissez en accord avec vos valeurs, vous vous respecterez davantage. Par exemple, dire non poliment mais clairement à une invitation qui va à l’encontre de vos besoins de repos protège votre estime.
À l’inverse, accepter à contrecœur peut créer du ressentiment et nuire à votre confiance personnelle.

  1. Les droits

Parfois, la question n’est pas seulement relationnelle mais liée à des règles ou à l’éthique. Si vous avez le droit légal ou moral d’obtenir quelque chose, il est plus justifié d’augmenter l’intensité de votre demande. Par exemple, réclamer votre salaire est un droit.
De même, vous pouvez dire non avec fermeté quand vous n’êtes pas tenu légalement ou moralement de céder. Refuser de signer un document que vous ne comprenez pas en est un exemple.

  1. L’autorité

Votre position et celle de l’autre comptent. Si vous êtes responsable d’une équipe, il est normal de demander avec plus de fermeté à vos collègues de respecter un délai.
En revanche, si une personne n’a pas d’autorité légitime sur vous, vous pouvez refuser plus fermement ses demandes. Dire non à un inconnu qui vous ordonne quelque chose est plus facile à justifier qu’à un supérieur hiérarchique.

  1. La relation

Chaque relation a ses propres règles implicites. Ce que vous demandez doit être cohérent avec la nature du lien. Demander un service personnel à un ami proche est différent que de le demander à un collègue que vous connaissez à peine.
De même, si quelqu’un vous demande quelque chose qui n’a pas sa place dans la relation (comme un collègue qui vous demande un prêt d’argent important), il est plus légitime de dire non avec fermeté.

  1. Les objectifs à court terme et à long terme

Il est parfois tentant de céder ou de demander faiblement pour éviter un conflit immédiat. Mais cela peut créer des problèmes sur le long terme. Par exemple, toujours céder à un partenaire qui exige votre temps peut créer un déséquilibre qui érode la relation.
À l’inverse, un refus clair aujourd’hui peut préserver un lien équilibré et respectueux demain.

  1. La réciprocité

Dans toute relation, il est utile de regarder l’équilibre des échanges. Si vous avez déjà beaucoup donné à quelqu’un, il est légitime d’être plus ferme dans vos demandes. Par exemple, si vous avez souvent aidé un voisin, demander un service en retour peut être fait avec assurance.
Si la personne ne rend jamais service en retour ou profite de vous, cela renforce votre droit à dire non sans culpabilité.

  1. La clarté de la demande

Plus une demande est claire, plus vous pouvez la soutenir fermement. Si vous savez exactement ce dont vous avez besoin et que cela est raisonnable, vous pouvez demander avec confiance.
À l’inverse, si la demande que l’on vous adresse est floue ou vague, il est préférable de refuser ou d’insister pour obtenir des précisions avant d’accepter.

  1. Le bon moment (la temporalité)

Le contexte immédiat joue un rôle crucial. Si la personne est détendue, disponible et attentive, votre demande a plus de chances d’être entendue. C’est un bon moment pour augmenter l’intensité.
En revanche, si la personne est déjà stressée, en colère ou pressée, il peut être plus sage d’attendre. Pour dire non, il est aussi plus facile de le faire quand le moment n’est pas défavorable pour vous.

Tous ces facteurs s’articulent entre eux. Ils ne sont pas des règles fixes mais des points de repère. L’essentiel est de prendre un instant pour réfléchir et écouter votre « esprit sage » : ce lieu intérieur où votre raison et votre intuition se rencontrent pour vous guider vers le choix le plus respectueux de vous-même et de l’autre.

exemple

Imaginez que vous êtes épuisé après une longue journée de travail et que vous souhaitez demander à un ami de vous ramener en voiture plutôt que de prendre le bus. Vous pourriez :

  • choisir une intensité faible, comme ne rien demander et rentrer seul,
  • choisir une intensité moyenne, comme demander gentiment et accepter un refus,
  • ou choisir une intensité élevée, comme insister parce que vous avez réellement besoin d’aide.

Votre décision dépendra de plusieurs facteurs. Si votre ami a déjà fait beaucoup pour vous récemment, peut-être choisirez-vous de demander avec moins d’insistance. Si vous n’avez aucun autre moyen de transport et que vous êtes en grande difficulté, une demande ferme peut être appropriée.

Le Jeu des Dix Sous : Évaluer l’intensité de sa demande ou de son refus

Le principe est simple : imaginez que vous avez dix sous devant vous. Chaque fois qu’un facteur soutient l’idée d’augmenter l’intensité de votre demande ou de votre refus, vous placez une pièce dans votre « banque ». À la fin, le nombre de pièces indiquera le niveau d’intensité à adopter.

Échelle d’intensité

Voici comment interpréter le nombre de pièces :

Nombre de sous accumulés

Intensité de la demande

Intensité du refus (dire non)

0 à 2

Ne pas demander, accepter la situation

Dire oui sans discuter, faire ce qui est demandé

3 à 4

Suggérer ou demander timidement, accepter un non

Dire oui mais montrer que cela vous dérange

5 à 6

Demander avec confiance, mais accepter un non

Dire non poliment mais rester ouvert

7 à 8

Demander fermement et résister à un non

Dire non clairement et résister à céder

9 à 10

Insister fortement, ne pas lâcher

Refuser catégoriquement, rester ferme, ne pas négocier

Exemple guidé

Imaginons : vous voulez demander à votre colocataire de nettoyer la cuisine.

  1. Capacité : Oui, il peut le faire → 1 sous.
  2. Priorité : C’est important pour vous de vivre dans un espace propre → 1 sous.
  3. Estime de soi : Si vous ne demandez pas, vous vous sentirez mal → 1 sous.
  4. Droits : C’est un espace partagé, vous avez le droit de demander → 1 sous.
  5. Autorité : Vous n’êtes pas son supérieur → 0 sous.
  6. Relation : La demande est appropriée pour une relation de colocation → 1 sous.
  7. Long terme : Si vous ne demandez pas, la situation risque d’empirer → 1 sous.
  8. Réciprocité : Vous nettoyez souvent, il est juste de demander en retour → 1 sous.
  9. Clarté : Vous savez exactement ce que vous voulez → 1 sous.
  10. Moment : Votre colocataire est disponible et détendu → 1 sous.

Total : 9 sous.
Selon le tableau, vous devriez demander fermement et clairement, et insister si nécessaire.

Mise en pratique personnelle

Fermez les yeux un instant et pensez à une situation réelle où vous hésitez entre demander quelque chose ou dire non. Imaginez que vous ayez dix pièces devant vous. Posez-vous les questions suivantes :

Est-ce que l’autre a la capacité de répondre à ma demande ?
Est-ce que mon objectif est prioritaire aujourd’hui ?
Est-ce que je protégerais mon estime de moi en demandant ou en refusant ?
Est-ce que j’ai des droits dans cette situation ?
Est-ce que la relation justifie ce que je m’apprête à demander ou refuser ?
Est-ce le bon moment ?

À chaque réponse qui justifie une demande plus forte ou un refus plus ferme, déposez une pièce de votre côté. Comptez-les. Si vous avez beaucoup de pièces, il peut être sage d’augmenter votre intensité. Si vous en avez peu, adoptez une intensité plus faible. Enfin, prenez un instant pour vous connecter à votre « esprit sage », ce mélange de raison et d’intuition, afin d’ajuster votre choix final.

Foire aux questions

Et si je me trompe dans le niveau d’intensité ?
C’est normal. Ces compétences s’affinent par la pratique. Chaque tentative vous donne des informations pour mieux calibrer la prochaine fois.

Comment savoir si je suis trop insistant ?
Si vos efforts nuisent à la relation, vont contre vos valeurs ou suscitent de la culpabilité après coup, c’est un signal que l’intensité était peut-être trop élevée.

Et si je dis non et que l’autre se fâche ?
Dire non peut être difficile, mais protéger son estime de soi et ses limites fait partie de l’efficacité interpersonnelle. La colère de l’autre appartient à l’autre ; vous pouvez rester ferme tout en restant respectueux.

Est-ce que je dois toujours faire ce calcul mental avec les « dix pièces » ?
Pas nécessairement. L’exercice sert surtout d’entraînement. Avec le temps, vous intégrerez naturellement ces critères et déciderez plus rapidement.

Si vous avez des questions ou des préoccupations concernant votre santé mentale ou comportementale, veuillez en parler à votre professionnel de santé ou à un professionnel de la santé mentale. Cet article s’appuie sur des recherches évaluées par des pairs ainsi que sur des informations provenant de sociétés de santé comportementale et d’agences gouvernementales. Cependant, il ne remplace en aucun cas les conseils, le diagnostic ou le traitement d’un professionnel qualifié.