Dans nos relations, certains comportements nous rapprochent des autres, d’autres créent de la distance, de l’incompréhension, ou du conflit. La bonne nouvelle, c’est que les comportements s’apprennent… et se transforment.
Dans ce chapitre, nous allons découvrir des stratégies efficaces pour renforcer les comportements que nous souhaitons voir plus souvent (chez nous ou chez les autres), et diminuer ceux qui nuisent à nos relations.
Comprendre les bases de la thérapie comportementale
Le principe central de la thérapie comportementale est que les comportements humains ne sont pas aléatoires : ils apparaissent, se maintiennent ou disparaissent en fonction des conséquences qui les suivent. Une conséquence qui rend un comportement plus probable s’appelle un renforcement. Inversement, lorsqu’un comportement cesse d’être renforcé, il diminue ou disparaît.
Il existe deux formes principales de renforcement. Le premier est le renforcement par ajout, parfois appelé renforcement positif : il s’agit d’apporter une conséquence agréable après un comportement, ce qui augmente la probabilité que ce comportement réapparaisse (par exemple, donner un biscuit à un chien). Le second est le renforcement par retrait, ou renforcement négatif : il survient lorsqu’un comportement permet de supprimer une situation désagréable (par exemple, exempter de certaines tâches ménagères un enfant qui fait ses devoirs). Dans les deux cas, l’effet est le même : le comportement est rendu plus fréquent. Le renforcement vicariant survient lorsqu’un individu voit les conséquences qui surviennent suite au comportement d’une autre personne (par exemple, voir quelqu’un gagner à la loto peut motiver à acheter un billet de loto).
Le façonnage est une extension de cette logique. Il consiste à renforcer progressivement chaque étape qui se rapproche du comportement final souhaité. Au lieu d’attendre que la personne réussisse tout d’un coup, on encourage des progrès partiels, ce qui rend l’apprentissage accessible et réaliste (par exemple, féliciter un enfant qui marche à quatre pattes, puis se tient debout, puis fait un premier pas, puis marche plus longtemps).
Une autre règle importante concerne le moment du renforcement. Si la conséquence survient longtemps après le comportement, le lien se perd. Pour qu’un apprentissage soit solide, le renforcement doit être immédiat (par exemple, donner une friandise à un enfant immédiatement peut être plus motivant que promettre un vélo dans un an).
Les rythmes de renforcement jouent également un rôle. Lorsqu’un comportement est renforcé chaque fois qu’il apparaît, il s’installe vite, mais reste fragile : il s’éteint dès que le renforcement cesse (par exemple, féliciter un enfant qui lève la main en classe). À l’inverse, lorsqu’il est renforcé de manière imprévisible ou intermittente, il devient plus résistant et persiste davantage, même si les renforcements deviennent rares (par exemple, gagner à la machine à sou occasionnellement nous motive à continuer à mettre de l’argent dans la machine même si on perd plusieurs fois de suite, au cas où…).
Enfin, il existe aussi des méthodes pour réduire un comportement indésirable. La plus simple est l’extinction : elle consiste à supprimer le renforcement qui maintient le comportement. Lorsque l’extinction est appliquée correctement, le comportement finit par s’éteindre. Au début, il peut même s’intensifier : c’est ce que l’on appelle une poussée comportementale. Ce phénomène est attendu et fait partie du processus (par exemple, ignorer un enfant qui fait une crise peut mener à une intensification de la crise initialement puis sa disparition). La satiété permet de diminuer un comportement indésirable en offrant un soulagement ou ce que l’autre souhaite avant que le comportement ne se présente. Ceci diminue la motivation pour le comportement et en diminue donc la fréquence (par exemple, nourir un enfant régulièrement pour éviter qu’il se mette à chigner car il a trop faim).
La punition, qui est une autre méthode, se définit comme l’ajout d’une conséquence désagréable ou la suppression de quelque chose d’agréable après un comportement. Elle peut réduire la fréquence d’un comportement (par exemple, donner une fessée à une enfant qui fait une bêtise), mais ses effets sont souvent temporaires et elle n’enseigne pas de comportement alternatif. De plus, la personne punie tend à éviter la personne qui punit. La surcorrection, qui est une forme constructive de punition, demande à la personne non seulement de réparer les effets de son comportement, mais aussi de corriger au-delà, ce qui favorise l’apprentissage d’une responsabilité active (par exemple s’excuser d’avoir brisé les fleurs dans le jardin puis replanter des nouvelles fleurs).
CE qui rend les conséquences efficaces
Toutes les conséquences ne se valent pas. Pour qu’un renforcement ou une punition fonctionne :
- Il faut que la personne y soit sensible. Ce qui motive l’un peut ne rien faire à l’autre.
- Le contexte compte. Ce qui est plaisant en privé peut être gênant en public.
- La rareté donne de la valeur. On apprécie plus ce qui est peu disponible.
- Les conséquences naturelles sont les plus puissantes. Si je me dispute avec tout le monde, je risque de me retrouver seul : ce n’est pas une punition inventée, mais une réalité de la vie.
généraliser les comportements
Un comportement appris dans un contexte ne s’applique pas toujours spontanément dans un autre.
Quelqu’un peut réussir à s’affirmer avec ses amis, mais rester passif au travail. Ou être calme chez lui, mais se laisser emporter en public.
Il faut donc s’entraîner dans différents contextes, et ne pas se juger trop vite : apprendre à changer demande du temps.
Exemples de renforcement pOsitif et négatif
Renforcement positif:
Un enfant qui dit « merci » et qui reçoit un sourire et une caresse apprend que dire merci entraîne une conséquence agréable. Le sourire et la caresse sont des renforcements. Avec le temps, l’enfant intégrera ce comportement et le reproduira même sans renfort immédiat.
Renforcement négatif:
Un adulte qui rentre du travail stressé et qui boit de l’alcool ressent un soulagement momentané. Ce soulagement est un renforcement négatif : il supprime l’anxiété. Mais il a aussi un effet pervers, car il maintient la consommation et peut aggraver les problèmes de santé.
Renforcement pour améliorer les relations interpersonnelles:
Camille, 29 ans, s’est toujours sentie incomprise dans ses relations proches. « J’ai l’impression que, quoi que je dise, ça finit en conflit ou en silence radio », explique-t-elle en séance. Elle reconnaît qu’elle peut s’emporter rapidement quand elle se sent rejetée ou ignorée, ce qui la pousse à envoyer des messages accusateurs ou à couper le contact. En thérapie, Camille découvre les principes de la thérapie comportementale. Elle comprend que ses comportements — même s’ils partent d’un besoin sincère de connexion — finissent par produire l’effet inverse : rejet, distance, silence. Non pas parce qu’elle est « trop » ou « pas assez », mais parce que les conséquences de ses actes renforcent des schémas douloureux.
Avec l’aide de son thérapeute, Camille décide de tester une nouvelle stratégie pour réparer une relation tendue avec sa sœur. Avant, elle aurait attendu que sa sœur fasse le premier pas… ou envoyé un message sec. Cette fois, elle choisit une autre voie :
→ Elle commence par un petit pas accessible : un message neutre, sans reproche, pour demander des nouvelles.
→ Elle se félicite intérieurement de ne pas avoir suivi son impulsion habituelle.
→ Sa sœur répond, brièvement mais sans hostilité. Plutôt que de se sentir rejetée, Camille remarque le progrès et renforce son propre comportement : elle lui propose une courte visioconférence.
→ À la fin de l’appel, elle remercie sa sœur pour sa disponibilité, ajoutant que cela lui a fait plaisir.
Ce qu’elle remarque ? Sa sœur semble moins sur la défensive. Le renforcement positif (recevoir une réponse chaleureuse) et négatif (sa sœur ne lui fait pas subir le traitement du silence) l’encourage à continuer. Ce qui était autrefois une source de tension devient un terrain d’expérimentation.
Au fil des semaines, Camille apprend à renforcer les comportements qui favorisent la proximité (écouter, exprimer ses besoins sans accuser), et à laisser s’éteindre ceux qui alimentaient le conflit (comme les remarques sarcastiques ou les messages envoyés sous le coup de l’émotion).
Elle comprend aussi que ses proches ont leurs propres apprentissages à faire — mais en modifiant ses propres comportements, elle influence peu à peu la dynamique globale. « Ce n’est pas magique, dit-elle, mais c’est la première fois que je me sens actrice de mes relations, au lieu de subir. »
Exemple de façonnement
Une personne qui souhaite apprendre à courir trente minutes sans s’arrêter peut commencer par renforcer de petites étapes. Le premier jour, se lever et mettre des chaussures de sport suffit. Ensuite, marcher dix minutes, puis courir deux minutes, puis cinq, et ainsi de suite. Chaque progrès est renforcé immédiatement, par exemple en s’accordant un moment de détente après l’effort. C’est le façonnage.
Exemple d’extinction
Un adolescent qui fait une crise lorsqu’on lui refuse une sortie reçoit parfois l’attention de ses parents, ce qui renforce son comportement. Si les parents choisissent d’appliquer l’extinction, ils cessent de donner cette attention aux crises et laissent le comportement s’éteindre. Au début, les crises deviennent plus intenses, mais si les parents tiennent bon et renforcent les demandes calmes, les crises disparaissent progressivement.
Exemple- Réduire les comportements nuisibles chez un enfant
Sophie, 38 ans, est mère d’un petit garçon de 6 ans, Léo, qui a récemment pris l’habitude de crier, taper et jeter des objets quand il est frustré — surtout quand elle refuse quelque chose, comme du temps d’écran ou des bonbons.
« J’ai tout essayé, je finis par céder pour éviter la crise, et je me sens dépassée », confie-t-elle. En séance, Sophie apprend un principe fondamental de la thérapie comportementale :
Céder à un comportement problématique le renforce, même si c’est pour avoir la paix.
Sophie décide alors d’expérimenter un changement cohérent, basé sur trois stratégies comportementales :
- L’extinction : ne plus renforcer le comportement problématique
Quand Léo se met à crier parce qu’elle refuse une glace avant le dîner, elle reste calme et ne répond plus à ses cris.
Elle lui dit d’une voix posée :
« Je t’écouterai quand tu seras calme. »
Elle s’éloigne brièvement, sans punir ni céder. Comme prévu, Léo crie encore plus fort — c’est le pic comportemental, une réaction fréquente quand un comportement n’est plus renforcé.
Mais elle tient bon, et quelques minutes plus tard, Léo s’apaise.
- Le renforcement positif : valoriser l’alternative souhaitée
Dès que Léo commence à exprimer sa frustration par des mots (même maladroits), Sophie le remarque :
« Tu m’as dit que tu es fâché sans crier. Je suis fière de toi. »
Elle le prend dans ses bras et propose une activité qu’il aime (dessiner ensemble). Le soulagement émotionnel et l’attention positive viennent renforcer le nouveau comportement.
- La surcorrection : réparer les dégâts de manière constructive
Un autre jour, après une crise, Léo a jeté ses crayons par terre. Plutôt que de simplement les ramasser à sa place ou le punir, Sophie lui propose une surcorrection douce :
« On va les ramasser ensemble, et ensuite, tu pourras m’aider à préparer la table. »
Cela permet à Léo de revenir dans un comportement utile, de réparer, tout en sentant que sa mère reste une figure sécurisante.
Avec le temps, Sophie observe que les crises diminuent en fréquence et en intensité. En appliquant avec constance ces principes, elle crée un environnement où Léo apprend que s’exprimer calmement donne plus de résultats que les cris — tout en se sentant compris et guidé.
« Je croyais qu’il fallait punir pour se faire respecter. Mais en fait, ce qui change vraiment les choses, c’est de renforcer ce qu’on veut voir, pas de lutter contre ce qu’on ne veut plus. »
Quiz de compréhension
- Quel est le but du façonnement ?
A. Récompenser un comportement parfait
B. Réduire un comportement inacceptable
C. Renforcer progressivement les étapes vers un comportement souhaité - Que signifie “renforcement négatif” ?
A. Donner une punition
B. Enlever quelque chose de désagréable après un comportement
C. Critiquer pour faire changer l’autre - Quelle est la meilleure stratégie pour faire durer un comportement ?
A. Le punir quand il ne se produit pas
B. Le renforcer de temps en temps, de manière imprévisible
C. L’exiger chaque jour - Qu’est-ce qu’un “pic comportemental” ?
A. Une explosion de motivation
B. Une escalade temporaire d’un comportement problématique après avoir arrêté le renforcement
C. Une rechute due à un manque de volonté - Pourquoi les conséquences naturelles sont-elles souvent les plus efficaces ?
A. Elles sont plus dures
B. Elles sont imprévisibles
C. Elles reflètent directement la réalité de l’action, sans intervention extérieure
Réponses:
1)C
2)B
3)B
4)B
5)C
Pratique
Pensez à un comportement que vous aimeriez voir plus souvent chez vous ou chez une personne proche. Puis, répondez à ces questions :
- Quel est ce comportement ?
2. Quelle petite étape pourrait être récompensée dès maintenant ?
3. Quelle conséquence agréable pourrait motiver ce comportement ?
4. Comment pourriez-vous renforcer ce comportement de façon réaliste et saine ?
5. S’il s’agit d’un comportement que vous voulez réduire, quelle conséquence pourrait être supprimée ? Une punition constructive pourrait-elle aider ? Quelle alternative pourrait être encouragée à la place ?
Prenez un moment pour noter vos réponses. Vous pouvez en reparler lors d’une prochaine séance de groupe ou avec un proche de confiance.
Si vous mettez en pratique ces principes comportementaux cette semaine, nous vous invitons à noter les résultats dans ces fiches de travail :
En résumé
- Les comportements changent grâce aux conséquences, pas à la volonté seule.
- Il est plus efficace de renforcer ce qu’on souhaite voir plutôt que de simplement punir ce qu’on rejette.
- Les petits pas comptent : le progrès se construit.
- Les conséquences doivent être adaptées, cohérentes, et basées sur le respect.
Changer un comportement, c’est souvent le début d’un changement relationnel plus large. C’est une compétence, pas un don. Et comme toute compétence, elle se pratique.
Foire aux questions (FAQ)
- Et si je fais tout bien et que l’autre ne change pas ?
Changer un comportement est une démarche personnelle. Même si l’autre ne change pas, vous gagnez en estime de soi, en clarté, et souvent en paix intérieure. Parfois, cela inspire l’autre à évoluer… mais ce n’est pas garanti.
- Est-ce que je manipule les gens avec le renforcement ?
Non. Le renforcement ne cherche pas à contrôler, mais à encourager ce qui fonctionne mieux dans la relation. Il s’agit d’un dialogue comportemental, pas d’une stratégie cachée.
- Est-ce que je dois toujours féliciter les autres ?
Non. Trop de renforcement peut perdre en impact. L’idée est d’être authentique et pertinent. Remarquez les efforts, même petits, mais sans en faire trop.
- Que faire si la personne devient plus agressive quand j’essaie d’éteindre un comportement ?
C’est fréquent. Cela s’appelle un “pic comportemental”. Il faut rester constant et calme, tout en veillant à sa propre sécurité. Si la situation devient menaçante, il est important de chercher du soutien.
- Est-ce que la punition est toujours mauvaise ?
Elle n’est pas mauvaise en soi, mais moins efficace à long terme. Elle peut fonctionner si elle est :
- Juste
- Temporaire
- Accompagnée d’une alternative claire
Mais sans renforcement positif, elle n’apprend rien de nouveau.
Si vous avez des questions ou des préoccupations concernant votre santé mentale ou comportementale, veuillez en parler à votre professionnel de santé ou à un professionnel de la santé mentale. Cet article s’appuie sur des recherches évaluées par des pairs ainsi que sur des informations provenant de sociétés de santé comportementale et d’agences gouvernementales. Cependant, il ne remplace en aucun cas les conseils, le diagnostic ou le traitement d’un professionnel qualifié.
